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Trauma et prise de poids

TRAUMA ET PRISE DE POIDS : Y A-T-IL UN LIEN ?

1024 1024 Delphine Remy

“The Adverse Childhood Experiences” est la plus vaste étude traitant des effets à long terme des traumas expérimentés pendant la période de l’enfance. Les résultats mettent en avant le lien direct entre les traumas de l’enfance et les addictions, les troubles de la personnalité, les problèmes de santé et les comportements pouvant être qualifiés de dangereux. Les résultats nous apprennent également que les addictions et les problèmes de santé sont d’autant plus intenses que l’enfant a été soumis à des traumas répétés. J’imagine que je ne vous apprends rien. Penchons-nous sur le lien, s’il existe, entre la prise de poids et le trauma.
Ce n’est pas toujours évident d’effectuer des études scientifiques aussi complexes car il y a tellement de variables à prendre en compte, mais les résultats indiquent qu’il y a effectivement un lien entre les traumas et la prise de poids. Une étude parue dans le Pediatrics Journal de 2007 démontre que les filles abusées sexuellement ont deux fois plus de chances de devenir obèses. Les résultats nous montrent aussi que pour certaines jeunes filles, les abus sexuels, émotionnels ou physiques de leur enfance sont la cause de leurs troubles alimentaires survenant des années plus tard. Tandis que certains diront qu’il n’y a pas de lien, regardons comment le système nerveux agit en situation de stress et quand il est soumis à un trauma.

Pourquoi prend-on du poids?
Personne n’est identique et il y a des dizaines, des centaines de facteurs qui peuvent influencer la prise de poids. Certains facteurs sont d’ordre biologique, comme les intolérances ou allergies alimentaires ou une hypothyroïdie. Ces problèmes peuvent être résolus avec des moyens biologiques et tangibles comme un changement de régime alimentaire ou la prise d’hormones thyroïdiennes. Pour certain(e)s la prise de poids est expliquée par des compulsions alimentaires permettant de gérer des émotions difficiles.
Pour les personnes qui ont un passé traumatique, la prise de poids ou le surpoids peut être le résultat d’une surproduction de cortisol par le corps (l’hormone du stress) et une protection psychologique mise en place inconsciemment par le corps car l’esprit conscient n’était pas en mesure de gérer le trauma. Pour certaines femmes, le surpoids peut être une protection pour ne plus être une cible sexuelle. Pour d’autres, le surpoids peut être issu de l’envie d’être remarquée. Pour d’autres encore, le surpoids peut être comme un bouclier contre les attaques physiques et émotionnelles. Pour toutes ces personnes, il sera primordial de comprendre le mécanisme inconscient sous-jacent et d’identifier la vraie source du problème. Sans cela, ces personnes peuvent expérimenter des problèmes de poids toute leur vie et même voir leurs problèmes psychologiques et physiques s’amplifier.
Tant d’experts diront que les traumas ne sont pas tant l’événement qui est arrivé à la personne traumatisée mais plutôt la mémoire “bloquée” dans le système nerveux. Dit autrement, le trauma n’est pas juste l’acte ou le fait en tant que tel mais plutôt l’incapacité de le faire sortir la mémoire du système nerveux.

Mais comment notre système nerveux fonctionne-t-il ?
Partons du postulat que nous sommes nés prématurément de 18-24 ans, c’est comme si c’était le trade-off entre avoir un cerveau tout à fait développé à la naissance ET pouvoir sortir du ventre de nos mères en un morceau ! Nous avons donc une période de développement du cerveau appelée l’enfance. C’est précisément pendant cette période que notre système nerveux se développe, apprend entre autres à perfectionner la coordination musculaire, à contrôler toutes les fonctions de notre corps, à gérer nos émotions et à apprendre toutes sortes de tâches pour devenir indépendant.
Si l’environnement de l’enfant est sain, l’enfant apprend à gérer ses propres émotions tout simplement en appliquant à lui-même ce que ses parents lui ont donné en termes de soutien, réconfort et écoute. Quand l’enfant est en détresse ou exprime un besoin particulier, le parent s’en occupe. Cette attention donnée à l’enfant lui permet petit à petit de développer sa propre capacité à se donner le réconfort dont il a besoin, car il l’a lui-même reçu. Même si les parents ne sont bien évidemment pas parfaits, ils auront permis à leur enfant d’intégrer le fait que du réconfort est disponible quand le besoin s’en fait sentir. L’enfant a toujours pu avoir confiance en l’aide des parents.

Le surpoids et le trauma
L’enfant est par définition sous la direction d’adultes et de systèmes institutionnels auxquels il ne peut échapper. Quand les adultes, qui sont sensés lui apporter protection et réconfort, deviennent eux-mêmes le danger ou, en d’autres mots, ne jouent pas leur rôle de protecteurs, l’enfant se tournera vers d’autres moyens pour gérer (ou pas) ses émotions. Les enfants traumatisés, une fois devenus adultes, peuvent revivre ces traumas dans des situations bien particulières et se voient alors recourir à des substances toxiques, adopter des comportements dangereux ou s’exposer un l’excès de nourriture dans le seul but de gérer des émotions pénibles et trouver du réconfort. C’est un moyen inconscient pour sortir de son corps et ne plus “ressentir” le trauma. Et plus la personne a recours à des comportements auto-destructeurs, plus cela entrainera la panique et le cercle vicieux continuera.
La guérison
Le trauma ne doit pas être la source d’une vie pénible et, dans ce cas particulier, la raison d’un surpoids dont il est impossible de se débarrasser. Identifier la cause permettra d’enfin aller à la source du problème et de comprendre les besoins essentiels de la personne. C’est finalement un mécanisme inconscient extraordinaire d’auto-protection que le corps met en place pour envoyer des signaux à l’esprit conscient. Quand les personnes qui souffrent de surpoids dû à des traumatismes d’enfance recourent à un système de soutien externe (thérapie, groupe de parole, …), elles arrivent à finalement à considérer leur corps avec bienveillance, elles peuvent enfin dire au corps que le message est compris et que c’est l’esprit qui va gérer. Avec un accompagnement adéquat et une bonne hygiène de vie, ces personnes peuvent petit à petit se reconstruire, prendre soin d’elles-mêmes et réécrire leur histoire.

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